Dans son livre L’Éthique du soldat français, le gĂ©nĂ©ral BenoĂźt Royal explique qu’« il faut bien comprendre que l’erreur ou la “bavure“ d’un combattant Ă©lĂ©mentaire aujourd’hui – dĂ©multipliĂ©e par les relais mĂ©diatiques – peut, dans certains cas, conduire Ă  perturber (voire Ă  faire Ă©chouer) la stratĂ©gie globale de l’opĂ©ration entiĂšre ». Jusqu’à prĂ©sent, les soldats français auraient pu se croire Ă  l’abri de tels risques sur des thĂ©Ăątres reculĂ©s tels que l’Afghanistan ou l’Adrar des Ifoghas au Mali. Et pourtant, c’est bien sur le continent africain que les derniers scandales touchant Ă  l’armĂ©e française ont Ă©clatĂ©. Enfants abusĂ©s sexuellement en Ă©change de nourriture ou de petits biens (type cigarettes) en Centrafrique, altercation musclĂ©e entre un officier coopĂ©rant français et un photographe lors d’une manifestation Ă  LomĂ© au Togo en aoĂ»t 2010, autant de scandales qui ont gravement entachĂ© les opĂ©rations françaises menĂ©es sur le terrain. Dans quelle mesure l’accĂšs de plus en plus facilitĂ© Ă  Internet par le biais du dĂ©veloppement de la tĂ©lĂ©phonie mobile en Afrique a-t-il jouĂ© un rĂŽle dans la mĂ©diatisation de ces bavures de soldats français ?

Force est de constater que depuis plusieurs annĂ©es, avec l’arrivĂ©e du haut dĂ©bit, Internet est devenu un facteur avec lequel il faut compter. Les annĂ©es 2000 signĂšrent le dĂ©but de l’ùre de l’ « ATADAWAC »[1] (any time, any where, any device, any content) ou « mobiquité ». Une avancĂ©e technologique qui fut cependant inĂ©gale et laissa un certain nombre de rĂ©gions moins dĂ©veloppĂ©es, tel que le continent africain, sur le bas-cĂŽtĂ©. Aujourd’hui, ce fossĂ© se comble progressivement et les opĂ©rateurs de tĂ©lĂ©phonie mobile affluent en masse. DĂ©sormais, Internet s’invite sur le champ de bataille, et, en Afrique, cela passe avant tout par les mobiles. En 1992, 75% des pays africains n’avaient aucun rĂ©seau mobile. DĂšs 2003, le continent compte 51,8 millions de souscripteurs aux services mobiles, un chiffre qui explose en seulement cinq ans, passant Ă  246 millions en 2008[2]. Territoire vierge ou presque en termes de tĂ©lĂ©phonie mobile au tournant des annĂ©es 2000, les opĂ©rateurs voient une opportunitĂ© Ă  saisir. Le gĂ©ant amĂ©ricain Google lui-mĂȘme arrive en Afrique en 2007 avec son projet « O3b » (« other 3 billion ») visant Ă  connecter trois milliards de personnes vivant dans des pays Ă©mergents. Autre ambition de Google, le « Loon project » (raccourci de « balloon » en anglais), qui a pour but le dĂ©ploiement de ballons Ă  20km d’altitude permettant de fournir une connexion Internet en Asie du Sud-Est et en Afrique. Mais pour le moment, c’est bien la tĂ©lĂ©phonie mobile qui dĂ©tient la clef de l’accĂšs Ă  Internet en Afrique.

Le prĂ©sident du Rwanda Paul KagamĂ© affirmait ainsi en 2007 lors du sommet “Connect Africa” Ă  Kigali qu’ « en dix ans, le tĂ©lĂ©phone mobile qui Ă©tait un objet de luxe est devenu un produit de base nĂ©cessaire en Afrique »[3]. Des propos fondĂ©s lorsque l’on croise au fin fond de la Tanzanie des MasaĂŻs[4] qui ne sauraient se sĂ©parer de leur mobile, attachĂ© Ă  leur taille.

RaccordĂ© peu Ă  peu au reste du monde via Internet, le dĂ©veloppement africain se distingue tout de mĂȘme, notamment au niveau des rĂ©seaux sociaux. Facebook n’est pas le roi indĂ©trĂŽnable comme il l’est en Europe ou en AmĂ©rique du Nord : c’est Mxit, crĂ©Ă© en 2005 par le Sud-Africain Herman Heunis qui remporte les faveurs des internautes, en majeure partie sud-africains. Ce logiciel de messagerie instantanĂ©e est le premier du genre sur le marchĂ© sud-africain Ă  avoir Ă©tĂ© crĂ©Ă© dans le but d’ĂȘtre utilisĂ© via un mobile. Le dĂ©veloppement de la tĂ©lĂ©phonie mobile a ouvert Ă©galement des canaux de communication faciles entre diffĂ©rents pays : le partenariat signĂ© en 2011 entre Google et Orange permit aux clients d’Orange de discuter en temps rĂ©el au moyen de « Gmail SMS Chat » sans pour autant utiliser un smartphone ou disposer d’Internet haut dĂ©bit. Initialement rĂ©servĂ©s aux clients Orange du SĂ©nĂ©gal, de l’Ouganda et du Kenya, ce service fut par la suite Ă©tendu Ă  d’autres pays du continent. Mais si le continent africain n’est plus un territoire tenu Ă  l’écart du world wide web, tous les pays sont encore loin d’ĂȘtre au mĂȘme niveau et il existe toujours une certaine fracture numĂ©rique.

En effet, si le taux de pĂ©nĂ©tration moyen en Afrique Ă©tait de 33% en 2008, il existait sans surprise des diffĂ©rences drastiques entre les pays : le taux excĂ©dait ainsi 90% dans des pays tels que l’Afrique du Sud ou le Gabon, tandis que l’ÉrythrĂ©e et l’Éthiopie enregistraient quant Ă  eux un taux infĂ©rieur Ă  5%[5]. Quant au nombre d’utilisateurs Internet dans les pays dans lesquels l’armĂ©e française opĂ©rait, il reste assez dĂ©risoire bien qu’en augmentation rĂ©guliĂšre. En 2014, on comptait 4% d’internautes en Centrafrique, 7% au Mali et 5,7% au Togo[6]. Quant aux utilisateurs de rĂ©seaux sociaux, ils sont principalement localisĂ©s en Afrique du Nord (6.8 millions en Égypte) ou en Afrique du Sud (3,8 millions d’utilisateurs)[7]. En outre, la popularitĂ© de Mxit a un effet secondaire : connue et utilisĂ©e en majoritĂ© par des internautes africains, l’information qui y est postĂ©e se diffuse en circuit fermĂ©. À l’inverse, lorsqu’une information est diffusĂ©e sur Facebook, elle a bien plus de chances d’atteindre des interlocuteurs hors-Afrique qui pourraient Ă  leur tour relayer ladite information jusqu’à la porter Ă  l’attention des autoritĂ©s ou des grands mĂ©dias de leur pays.

Qui plus est, malgrĂ© la dĂ©mocratisation gĂ©nĂ©rale de cet outil technologique, la possession d’un mobile reste un coĂ»t non nĂ©gligeable pour les Africains les plus pauvres. La solution est parfois de partager un tĂ©lĂ©phone portable unique pour toute la famille, de la mĂȘme façon que l’ordinateur a longtemps Ă©tĂ© un bien familial en France. Pour pallier cette situation, une entreprise britannique du nom de Movirtu a mis en place un systĂšme permettant de se connecter sur son numĂ©ro de tĂ©lĂ©phone personnel depuis n’importe quel mobile. Cela permet aux familles de ne pas avoir un numĂ©ro unique pour tous simplement parce qu’ils partagent un seul tĂ©lĂ©phone portable. Un tel dĂ©veloppement de la tĂ©lĂ©phonie mobile et donc de l’accession Ă  Internet offre aux Africains un nouveau moyen de communication rapide, directement reliĂ© au reste du monde. Un moyen qui leur permet de rĂ©agir en temps rĂ©el aux Ă©vĂ©nements de leur pays, y compris les manƓuvres militaires.

C’est ainsi que lors d’une manifestation de l’opposition togolaise Ă  LomĂ© le 10 aoĂ»t 2010, un officier français – coopĂ©rant auprĂšs de l’armĂ©e togolaise – est pris en photo par un journaliste togolais aux cĂŽtĂ©s de gendarmes alors qu’il se trouve dans les environs de la manifestation et que sa voiture est abĂźmĂ©e par des jets de pierre. L’officier français interpelle le journaliste et lui demande de supprimer la photo. Ce dernier refuse et le ton monte. La scĂšne est filmĂ©e par un tiers sur son portable, et la vidĂ©o est mise en ligne sur Facebook depuis la voiture de l’intĂ©ressĂ©, grĂące au rĂ©seau mobile, un peu plus de deux heures plus tard. ImmĂ©diatement relayĂ©e sur Twitter et YouTube, la vidĂ©o provoque de vives rĂ©actions et a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© visionnĂ©e plus de 250 000 fois sur YouTube dĂšs le lendemain. Le scandale prend de l’ampleur et est relayĂ© par de grands organes mĂ©diatiques français (Le Monde, France 2, L’Express, Rue 89, M6
). Cette indignation ne dure en vĂ©ritĂ© que quelques jours, mais elle voit malgrĂ© tout l’officier rapatriĂ© en France avec sa famille, et sanctionnĂ©. Il est indubitable que cette affaire met Ă  mal l’image de l’armĂ©e française, qui est dĂ©crĂ©dibilisĂ©e du fait de l’acte inconsĂ©quent d’un seul homme. Que la vidĂ©o Ă  l’origine de tout cela ait Ă©tĂ© mise en ligne depuis un mobile n’est pas un dĂ©tail anecdotique, mais la marque d’une Ă©volution des rĂ©flexes de communication et d’accessibilitĂ© Ă  Internet.

Bien que puissant et en pleine expansion, ce nouveau moyen de communication ne saurait remplacer les mĂ©dias traditionnels tels que la tĂ©lĂ©vision ou la presse. En revanche, Internet offre Ă  tout un chacun la possibilitĂ© de s’exprimer Ă  partir du moment oĂč il dispose d’un moyen d’accĂšs Ă  Internet, soit le plus souvent un mobile. Des sites d’information tel qu’Afrique News Info n’existent que sur le net et l’hebdomadaire panafricain Jeune Afrique, Ă©ditĂ© Ă  Paris, a probablement plus de chances de toucher un plus large auditoire en Afrique Ă  travers son site Internet : si la version papier peut sĂ»rement se trouver dans les grandes villes, c’est beaucoup moins probable pour les zones plus isolĂ©es ou rurales. Cependant, les mĂ©dias traditionnels Ă©trangers jouent eux aussi encore un rĂŽle dans la dĂ©nonciation de scandales. C’est le quotidien britannique The Guardian qui a ainsi dĂ©noncĂ© le viol d’enfants par des soldats français en Centrafrique. PrĂ©sents dans le pays dans le cadre de l’opĂ©ration Sangaris, des militaires auraient perpĂ©trĂ©s des actes sexuels sur des jeunes enfants et adolescents en Ă©change de nourriture ou de petits biens matĂ©riels. Si la tĂ©lĂ©phonie mobile offre un nouveau moyen d’action efficace en permettant de mettre en lumiĂšre tel ou tel Ă©vĂ©nement, son ampleur n’est pas encore suffisante pour remplacer non seulement les mĂ©dias traditionnels africains, mais plus encore les mĂ©dias occidentaux internationaux qui sont souvent encore les seuls Ă  dĂ©cider quelle information mĂ©rite d’avoir une grosse couverture mĂ©diatique.

Les nouveaux acteurs africains peuvent donc se dĂ©couvrir un rĂŽle de whistleblower ou « lanceur d’alerte » grĂące Ă  la tĂ©lĂ©phonie mobile, mais leur impact reste encore assez faible sauf cas exceptionnel comme Ă  LomĂ©. Les plus dangereux pour l’armĂ©e française dans cette guerre de la communication demeurent leurs ennemis dĂ©clarĂ©s, les groupes islamistes armĂ©s. Ayant eux aussi bĂ©nĂ©ficiĂ© du dĂ©veloppement de la tĂ©lĂ©phonie mobile, ils ont rapidement dĂ©veloppĂ© leur prĂ©sence sur les rĂ©seaux sociaux par le biais desquels ils menacent rĂ©guliĂšrement la France. C’est Ă  elle que s’adresse le premier message de la Fondation Al-Andalous (organe de propagande d’Aqmi) lors de l’ouverture de leur compte Twitter le 16 mars 2013 : « Est-ce que les musulmans doivent garder le silence sur ce qui arrive Ă  leurs frĂšres dans la foi, comme les tueries, les emprisonnements et les dĂ©placements forcĂ©s, ou doivent-ils y rĂ©pliquer ? Est-ce que le peuple français arrivera Ă  convaincre Hollande de sauver la vie des otages? »[8]. MĂȘme Boko Haram, qui envoyait auparavant ses vidĂ©os aux organes de presse au moyen de CD-rom ou de clĂ©s USB[9], a assis sa lĂ©gitimitĂ© en dĂ©veloppant sa prĂ©sence en ligne, Ă  l’image de Daesh. Ces groupes islamistes se lancent en outre dans de vĂ©ritables productions cinĂ©matographiques, comme Boko Haram, toujours, qui annonçait sur Twitter le 2 mars 2015 la diffusion de leur film de propagande « La rĂ©colte des espions », diffusĂ© en arabe, français et anglais. En Afghanistan dĂ©jĂ , en 2010, les journalistes HervĂ© GhesquiĂšre et StĂ©phane Taponier avaient pu ĂȘtre les tĂ©moins de l’impact de ces vidĂ©os de propagande sur leurs ravisseurs lors de leur captivité : « (…) le grand Kaka dĂ©cide de nous montrer quelques vidĂ©os de propagande islamiste. Des adolescents kamikazes poseurs de bombes, des voitures et des immeubles qui explosent et, clou du spectacle, des Ă©gorgements de pauvres bougres en train d’agoniser dans des rĂąles affreux »[10].

Face Ă  l’ampleur du phĂ©nomĂšne, l’armĂ©e française a dĂ» s’adapter, et continue encore de le faire. Dans le cas de LomĂ©, la montĂ©e en puissance de la vidĂ©o a Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©e sur la pĂ©riode du 10 aoĂ»t, dĂ©but du buzz, au 14 aoĂ»t, fin du buzz. Cette Ă©tude permet de saisir la rapiditĂ© avec laquelle une polĂ©mique se crĂ©e : l’altercation Ă©clate Ă  9h00 durant la manifestation, cinquante minutes plus tard un communiquĂ© de presse de l’ambassade de France informe de l’accident, tandis que la vidĂ©o est mise en ligne sur Facebook (puis est reprise sur Youtube) 2h20 seulement aprĂšs que l’altercation ait eu lieu. DĂšs le lendemain, 11 aoĂ»t, le DICoD (DĂ©lĂ©gation Ă  l’Information et Ă  la Communication de la DĂ©fense) dĂ©couvre l’existence de cette vidĂ©o Ă  12h14 via une alerte Internet et dĂ©cide de faire une dĂ©claration deux heures plus tard afin de dissocier l’individu mis en cause de la totalitĂ© de l’institution militaire. Une dĂ©cision qui ne suffit pas Ă  mettre fin Ă  la polĂ©mique et Ă  14h45 la vidĂ©o apparaĂźt sur la page d’accueil de YouTube (France), preuve de sa popularitĂ©. Les mĂ©dias sont recontactĂ©s et Ă  partir de 15h30, les mĂ©dias français commencent Ă  relayer la position officielle du ministĂšre de la DĂ©fense sur la question avant que l’officier en cause ne prĂ©sente ses excuses au photographe Ă  16h. La journĂ©e du 11 aoĂ»t voit en parallĂšle exploser le nombre de visionnages de la vidĂ©o de YouTube, passant de 16 000 vues le 10 aoĂ»t Ă  250 000, soit une augmentation de 900% en l’espace d’un peu plus de 24h. Le 12 aoĂ»t signe la transition du buzz d’Internet vers les mĂ©dias traditionnels (tĂ©lĂ©vision, presse). À 12h30, l’officier commet une faute grave en accordant une interview au site de L’Express sans y avoir Ă©tĂ© autorisĂ© par sa hiĂ©rarchie. Quelques heures plus tard le photographe Ă  l’origine de la vidĂ©o dĂ©clare vouloir porter plainte contre l’officier en rĂ©action Ă  son interview. Le 13 et le 14 aoĂ»t, la DĂ©fense dĂ©cide de ne pas alimenter la polĂ©mique en refusant dĂ©sormais les sollicitations des journalistes ainsi qu’en rendant publique les sanctions Ă  l’encontre de l’officier. Toute la journĂ©e, les chaĂźnes d’information en continu (BFM TV, LCI, ITÉLÉ, France 24
)  relaient la nouvelle devant un million de tĂ©lĂ©spectateurs. Le 14, l’officier et sa famille reviennent discrĂštement en France et la mĂ©diatisation se termine aprĂšs avoir Ă©tĂ© tout de mĂȘme diffusĂ©e au JT de 20h de TF1 devant environ sept millions de tĂ©lĂ©spectateurs. Du mobile d’un Togolais au JT de 20H de TF1 devant des millions de Français, difficile de trouver plus efficace comme moyen de se faire entendre.

De ce buzz indĂ©sirable, l’armĂ©e a par consĂ©quent tirĂ© des leçons. Elle est revenue sur cet Ă©vĂ©nement et l’a dissĂ©quĂ© pour comprendre comment de telles polĂ©miques se crĂ©ent avec la publication d’une simple vidĂ©o, et comment elle peut s’employer Ă  Ă©touffer l’affaire dans les plus brefs dĂ©lais. En enseignant ce cas pratique de communication Ă  ses futurs jeunes officiers, elle espĂšre bien les prĂ©parer au mieux pour qu’ils ne s’exposent jamais de cette façon Ă  l’ùre de Big Brother oĂč chaque geste ou pas de travers est immĂ©diatement filmĂ© et partagĂ© sur le net. Car la dĂ©mocratisation d’Internet est un phĂ©nomĂšne qui ne peut ĂȘtre stoppĂ© et l’enjeu n’est pas seulement ce que ceux d’en face, ennemis ou simples observateurs, en feront, mais bien comment les soldats sauront ou non l’apprĂ©hender. Si l’armĂ©e française se retrouve plus exposĂ©e en Afrique du fait du dĂ©veloppement rĂ©cent de la tĂ©lĂ©phonie mobile et de l’utilisation des rĂ©seaux sociaux, accessibles depuis le portable grĂące au rĂ©seau mobile, elle doit se prĂ©parer de façon gĂ©nĂ©rale Ă  l’explosion de l’outil Internet et principalement des rĂ©seaux sociaux et autres plateformes de partage de contenu numĂ©rique. Cette situation n’est pas propre Ă  l’Afrique, de mĂȘme qu’elle n’est pas propre non plus aux civils. En effet, les militaires eux-mĂȘmes doivent contrĂŽler d’une part leur rĂ©ponse Ă  ces buzz, d’autre part leur propre utilisation du web. C’est pourquoi le DICoD a mis Ă  la disposition des soldats et de leurs proches un guide « Du bon usage des rĂ©seaux sociaux » en avril 2014. Un guide qui dĂ©taille les choses Ă  ne pas faire, comme annoncer sur Facebook son dĂ©part en Lybie alors mĂȘme que l’information n’est pas encore publique : « fai [sic] chier ce depart [sic] dimanche en libye »[11].

Au Mali, l’armĂ©e française a pu expĂ©rimenter vraiment sa prĂ©sence sur les rĂ©seaux sociaux pour la premiĂšre fois dans le cadre d’une mission de guerre. Entre 2008 et 2015, l’armĂ©e (principalement l’ArmĂ©e de terre) a ouvert des comptes sur Instagram (38 000 abonnĂ©s),YouTube (22 600), Twitter (38 000), Facebook (410 000). Certes, elle Ă©tait toujours engagĂ©e en Afghanistan entre 2008 et 2014 (dans le cadre de l’ISAF), mais son utilisation des rĂ©seaux sociaux en Ă©tait encore Ă  ses dĂ©buts, et elle ne put se servir pleinement de ce nouvel outil Ă  sa disposition qu’à l’occasion de l’opĂ©ration Serval en 2013. Tout au long de son dĂ©ploiement, on peut presque suivre au jour le jour l’avancĂ©e des troupes. Le 1er mars, le SIRPA (Service d’Information et de Relations Publiques des ArmĂ©es) postait sur la page Facebook de l’ArmĂ©e une vidĂ©o dans laquelle on pouvait voir l’intervention du GTIA 2 dans le centre-ville de Gao le 21 fĂ©vrier pour y dĂ©loger des groupes terroristes infiltrĂ©s, tandis que le 2 mars on trouve sur leur page une seconde vidĂ©o, montrant elle une « phase de reconnaissance offensive en vĂ©hicules blindĂ©s et Ă  pieds du GTIA 3 » ainsi qu’une « prise Ă  parti dans la rĂ©gion de l’Adrar des IfoghĂąs et riposte avec appui mortier, canon Caesar et aviation »[12]. Il en va de l’armĂ©e comme de n’importe quelle autre institution, il lui faut constamment Ă©voluer et s’adapter pour continuer d’ĂȘtre efficace dans un monde en mutation, que ce soit le continent africain ou une autre rĂ©gion.

 

Sources :

 

* BOURDEAU Thomas, « Les enjeux colossaux d’internet et de la tĂ©lĂ©phonie mobile en Afrique », Rfi, 17 septembre 2013

* « Les enjeux des télécoms dans les pays émergents », BearingPoint (société de conseil européenne)

* TCHENG Henri, HUET Jean-Michel, ROMDHANE Mouna, « Les enjeux financiers de l’explosion des tĂ©lĂ©coms en Afrique subsaharienne », IFRI, fĂ©vrier 2010

* « LomĂ©, le 10 aoĂ»t 2010 – Un cas pratique d’un nouvel enjeu de communication », DICoD – MinistĂšre de la DĂ©fense (Powerpoint rĂ©cupĂ©rĂ© via un Ă©tudiant de l’École de l’ArmĂ©e de l’Air)

* OLIVIER Mathieu, « Twitter et djihadistes, dĂ©bat autour d’une nouvelle communication de guerre », Jeune Afrique, 21 janvier 2013

* FORCESFRANÇAISES, « OpĂ©ration Serval, prise Ă  parti dans la rĂ©gion de l’Adrar des Ifoghas », 2 mars 2013, YouTube

* MOUSSU Nelly, « RĂ©seaux sociaux – Un guide pour communiquer en sĂ©curité »,  pp. 34-35, n° 369, ArmĂ©es d’aujourd’hui, avril 2012

* TILOUINE Joan, BOURDEAU Thomas, « Google : des projets qui pourraient transformer le monde ? », Rfi, 13 mai 2014

* TILOUINE Joan, « La révolution mobile en Afrique », Rfi, 15 août 2011

* ROPARS Fabian, « Tous les chiffres 2014 sur l’utilisation d’internet, du mobile et des mĂ©dias sociaux dans le monde », Le blog du modĂ©rateur, 8 janvier 2014

* ROSE Steve, « The Isis propaganda war: a hi-tech media jihad », The Guardian, 7 octobre 2014

* Khoussou, « “MXIT”, le rĂ©seau social le plus populaire en Afrique », Blog Économie-numĂ©rique, 5 octobre 2012

* CLÉMENÇOT Julien, « Mxit sur les traces de Facebook », Jeune Afrique, 15 dĂ©cembre 2010

* « Du bon usage des réseaux sociaux », DICoD, 12 avril 2014

* « Internet users (per 100 people) », The World Bank

* SONNAC Nathalie, GABSZEWICZ Jean, L’industrie des mĂ©dias Ă  l’ùre du numĂ©rique, Paris, RepĂšres, 2006, p. 44

* AKOUISSONNE Joseph, « Pédophilies et Abus Sexuels sur Enfants en Centrafrique et au Burkina Faso : Lettre Ouverte au Président de la République Française », Afrique News Info, 7 juillet 2015

* LAVILLE Sandra, « UN aid worker suspended for leaking report on child abuse by French troops », The Guardian, 29 avril 2015

* OLIVIER Mathieu, « Terrorisme : la communication de Boko Haram Ă  l’ñge des “rĂ©seaux” ? », Jeune Afrique, 3 mars 2015

* GHESQUIÈRE Hervé, 547 jours, Paris, Albin Michel, 2012, 332 p.

* « Orange et Google s’associent pour dĂ©velopper l’internet mobile en Afrique », Jeune Afrique, 27 juillet 2011

* Opensignal.com

[1] Nathalie Sonnac, Jean Gabszewicz, L’industrie des mĂ©dias Ă  l’ùre du numĂ©rique, Paris, RepĂšres, 2006, p. 44

[2] Henri Tcheng, Jean-Michel Huet, Mouna Romdhane, « Les enjeux financiers de l’explosion des tĂ©lĂ©coms en Afrique subsaharienne », IFRI, fĂ©vrier 2010

[3] Joan Tilouine, « La révolution mobile en Afrique », Rfi, 15 août 2011

[4] Population d’éleveurs et de guerriers semi-nomades d’Afrique de l’Est (Kenya, Tanzanie)

[5] Henri Tcheng, Jean-Michel Huet, Mouna Romdhane, « Les enjeux financiers de l’explosion des tĂ©lĂ©coms en Afrique subsaharienne », FĂ©vrier 2010, IFRI

[6] « Internet users (per 100 people) », Data Worldbank

[7] Joan Tilouine, « La révolution mobile en Afrique », Rfi, 15 août 2011

[8] AFP, « Aqmi a ouvert un compte Twitter », Le Matin, 29 mars 2013

[9] Mathieu Olivier, « Terrorisme : la communication de Boko Haram Ă  l’ñge des “rĂ©seaux” ? », Jeune Afrique, 3 mars 2015

[10] Hervé GhesquiÚre, 547 jours, Paris, Albin Michel, 2012, p. 132

[11] « Du bon usage des réseaux sociaux », DICoD, 12 avril 2014

[12] FORCESFRANÇAISES, « OpĂ©ration Serval, prise Ă  parti dans la rĂ©gion de l’Adrar des Ifoghas », 2 mars 2013, YouTube

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