Le site de Preese Hall dans le Lancashire (Grande-Bretagne)

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La révolution nord-américaine du gaz non-conventionnel

Les bénéfices de la révolution du gaz non-conventionnel, vantée par les médias et les acteurs du monde énergétique outre-Atlantique, sont aujourd’hui à nuancer. Effectivement, cette exploitation a permis aux Etats-Unis d’obtenir une énergie à moindre coût favorisant la relance industrielle, les relocalisations d’entreprise, la création d’emploi et une manne financière pour l’Etat. Seulement sa réussite tient pour partie à une série de facteurs intrinsèques au pays (faible densité de population, facilité de connexion au réseau national de gazoducs, abondance d’eau, pugnacité et esprit d’initiative des PME et bénéfices nets pour les propriétaires) qui n’est pas présente dans tous les pays du monde et qui rend chaque tentative visant à reproduire de l’expérience américaine incertaine.

Plus encore, il existe des risques et des conséquences à prévoir dans chacun des scénarii d’exportation de la méthode. Or toute la transparence concernant les externalités négatives liées à l’extraction de ces ressources n’est pas totale. Bien que l’on esquisse ci et là des risques réels de pollution atmosphérique et/ou des nappes phréatiques, qui suffisent en Europe à faire germer une opposition forte, il existe d’autres problèmes, et non des moindres, comme la sismicité induite, c’est-à-dire une activité sismique limitée résultant des activités humaines à la surface.

 

Une sismicité induite de plus en plus forte aux Etats-Unis

Evolution de l'activité sismique aux Etats-Unis

 

Dans le cadre de cette exploitation, le recours à la fracturation hydraulique peut engendrer des secousses d’une intensité moyenne de 3,1 sur l’échelle de Richter. Lors de l’opération, la pression exercée par le fluide de fracturation peut réveiller une faille dormante. Les additifs contenus dans le liquide de fracturation peuvent également lubrifier les failles, les rendant ainsi plus réceptives aux mouvements.

Comme le démontre l’infographie ci-dessous, le nombre de petits séismes, d’une magnitude comprise entre 1.0 et 3.9, a augmenté de façon exponentielle à partir de 2007-2008, soit au début de l’exploitation industrielles des gaz et huiles de roche mère. De vingt-et-un séismes annuels entre 1967 et 2000, plus de trois cents entre 2010 et 2012 ont frappé les Etats du centre et ceux à l’Est du Mississippi.

Dès lors, les fondations des habitations et des infrastructures (bâtiments publics, digues, barrages) sont soumises plus fréquemment à des pressions non négligeables, pouvant avoir des conséquences lourdes d’un point de vue collectif (effondrements, inondations..) et d’un point de vue individuel (augmentation de l’assurance habitation, diminution du prix de revente d’un bien immobilier). Les inondations de Septembre 2013 dans Colorado ne sont pas encore imputables à ce business mais une partie des médias américains a jugé bon de soulever cette piste.

L’exportation du modèle amĂ©ricain doit se faire d’une manière responsable

A l’heure oĂą les EuropĂ©ens songent Ă  leur dĂ©pendance Ă  l’égard du voisin russe, la prĂ©sence de ces gaz incite certains Etats membres Ă  la prospection. Or la densitĂ© de population, la richesse et la diversitĂ© du patrimoine sont Ă  l’opposĂ© du contexte nord-amĂ©ricain, sans aborder la trop frĂ©quente proximitĂ© entre villes et bassins supposĂ©s. Certes le gaz naturel est une Ă©nergie « plus » propre et le risque de sismique demeure faible mais il est indispensable de sĂ©lectionner correctement les territoires oĂą l’exploitation serait un moindre mal.