On trouve de tout à la Foire du Livre de Bruxelles, y compris un stand qui regroupe des maisons d’éditions bretonnes, où les gens se cessent d’affluer.

   On trouve de tout à la Foire du Livre de Bruxelles, y compris un stand qui regroupe des maisons d’éditions bretonnes,                                                   où les gens se cessent d’affluer.

Reportage : la Foire du Livre de la capitale belge

Article un peu « en dehors » de la ligne éditoriale habituelle de Vues Sur le Monde, mais qui reste tout de même dans l’esprit de découverte d’un événement et de son impact au niveau territorial.

Aux abords de Bruxelles, la foule s’affaire en cette fin de semaine. L’ancien site industriel Tour & Taxis, devenu lieu de culture, abrite la 44ème édition de la Foire du Livre de la ville. Dans cet endroit un peu sombre jouxtant le port du canal de Willebroek, les grands entrepôts retapés scintillent comme une taverne amicale et chaleureuse lorsque la nuit tombe. Une localisation propice aux histoires.

Au programme, un menu alléchant, avec plus de 800 auteurs dont la présence Pierre Kroll[1], Philippe Geluck[2], ou encore Pierre Assouline[3]. Cette année, c’est le Royaume-Uni qui était particulièrement à l’honneur, avec un Jonathan Coe[4] grisonnant qui a ouvert le bal. Le thème de la Foire ? « L’Histoire avec sa grande hache », allusion volontaire au centenaire de la Première Guerre Mondiale de 2014. Du monde, donc, pour cette édition un peu spéciale.

L’éditeur Waterstones est une librairie anglaise, qui possède une boutique dans la capitale belge, proposant uniquement des ouvrages dans la langue de Shakespeare. Pour la Foire, elle s’est associée à la maison belge Filigranes.

L’éditeur Waterstones est une librairie anglaise, qui possède une boutique dans la capitale belge, proposant uniquement des ouvrages dans la langue de Shakespeare. Pour la Foire, elle s’est associée à la maison belge Filigranes.

Côté organisation, la Foire du Livre est en réalité une ASBL dont l’activité ne se concentre que sur les quelques mois charnières autour du 20 au 24 février. Et bien que les maisons d’éditions doivent payer plus ou moins chères selon l’emplacement de leurs stands sur le site, et que le prix d’entrée soit de 8€ en tarif plein, ça ne suffit pas à subventionner une telle prestation. La Région de Bruxelles-Capitale met donc la main au portefeuille. Sans vouloir dévoiler des chiffres, la porte-parole du Ministre-Président à la Région de Bruxelles[5], Leonor Da Silva, explique la nature du soutien : « La Région de Bruxelles-Capitale octroie un subside annuel pour le soutien à la communication de la Foire du Livre. Elle exploite aussi un stand au sein de la foire afin de mettre en valeur la richesse de son catalogue éditorial. Il est par ailleurs logique que la Région accueille les visiteurs de la Foire. C’est donc le premier stand que l’on voit en arrivant. » Et c’est la cas ; lorsqu’on pénètre dans la Foire, on peut directement voir le logo bleu et jaune de la Région bruxelloise. Comme une vitrine de l’effort financier et culturel.

Selon la Région, l’événement est national et international. « La Foire du livre est un l’événement littéraire le plus important en Belgique. Il participe de ce fait à la mise en valeur de l’image de la Région. De par le nombre de visiteurs mais aussi par les retombées médiatiques qu’elle génère sur le territoire belge et à l’étranger », argumente Mme Da Silva. Mais dans la réalité, c’est autre chose. Anne-Lise et René, responsables de la maison d’édition Waterstones, modèrent le côté mondial du salon ; « On ne voit pas beaucoup de monde autre que les Belges ou les Français. Et côté Belges, c’est surtout les Francophones qui viennent à la Foire. » Constat qui tranche avec celui de la porte-parole du Ministre-Président.

On remarquera aussi une certaine absence de maisons d’éditions flamandes ; rappel sous-jacent de tensions entre la Wallonie et la Flandre. En cette période de pré élections[6], le sujet est délicat. L’absence de gros éditeurs tels que Reed Elsevier (néerlandais) ou encore NDC-VBK (flamand) est tout de même surprenante pour un événement de cette ampleur. Sûrement parce que les néerlandophones ont leur Foire. Le « Boekenbeurs », où « Salon du livre » a en effet déjà eu lieu début novembre 2013[7]. Quoi qu’il en soit, quand on se penche sur l’histoire de la Foire, cette dernière n’est pas absoute de polémiques avec le monde flamand. L’année dernière, Bart de Wever, leader du parti indépendantiste flamand N-VA, n’avait pu se rendre au bal littéraire pour cause de non respect de la procédure d’inscription.[8] Une affaire mineure avec pour conséquence du bruit dans le monde politique. Pour l’édition 2014, tout s’est bien déroulé, comme si l’approche des urnes imposait un certain silence vis à vis de la fête des livres.

Le romancier anglais Jonathan Coe –au centre- parle de son dernier roman, Le miroir brisé, entouré d’une gent féminine toute ouïe.

Le romancier anglais Jonathan Coe –au centre- parle de son dernier roman, Le miroir brisé, entouré d’une gent féminine toute ouïe.

Le but de la Foire, ce n’est pas la vente d’ouvrages, mais la visibilité. Ce dernier mot revient systématiquement dans la bouche de chaque intervenant. « Ici, viennent vers nous des lecteurs qui ne connaissent pas forcément les éditions. C’est une excellente occasion de toucher un public extérieur, et on peut sensibiliser les enfants à nos ouvrages », raconte Amélie Dogot, assistante de publication pour le Centre d’Action Laïque (magazine Espace de libertés). Du côté de chez Waterstones, René insiste bien : « La visibilité, c’est vraiment la raison pour laquelle on est ici ! », déclare-t-il en rigolant, de son bel accent anglais. Plus sérieusement de rajouter ; « On est ici plus pour faire savoir au public qu’il existe une librairie anglaise à Bruxelles, parce que la plupart des gens ne nous connaissent pas. Notre clientèle est plutôt ‘international community’, des expatriés américains ou anglais, mais pas beaucoup de Belges. » Fabienne, cinquantenaire enjouée, est bien belge francophone. Et si elle déambule parmi les stands, c’est surtout pour se « donner le plaisir de lire encore plus ». Effectivement, les mots servent aussi à ça.

Pour plus d’informations, vous pouvez consulter le site = http://flb.be/


[1] Dessinateur et caricaturiste belge, auteur de dix-neuf recueils de dessins aux éditions Luc Pire, et connu pour ses caricatures quotidiennes dans le journal Le Soir.
[2] Artiste belge/ bruxellois, auteur de la bande dessinée Le Chat.
[3] Journaliste, chroniqueur de radio, romancier français, membre de l’Académie Goncourt depuis 2012.
[4] Ecrivain britannique, auteur notamment de Testament à l’anglaise, qui lui a valu le prix du Meilleur livre étranger en 1996.
[5] Rudi Vervoort est le Ministre-Président du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale. Voir = http://www.bruxelles.irisnet.be/a-propos-de-la-region/le-gouvernement-regional .
[6] Le 25 mai prochain auront lieu les élections législatives fédérales belges, le même jour que les élections régionales et européennes. http://www.belgium.be/fr/la_belgique/pouvoirs_publics/democratie/elections/
[7] Le site officiel = http://translate.google.be/translate?hl=fr&sl=nl&u=http://www.boekenbeurs.be/&prev=/search%3Fq%3Dboekenbeurs%26biw%3D831%26bih%3D681
[8] Lire article du Soir (5 février 2013)  http://www.rtbf.be/info/belgique/detail_bart-de-wever-et-le-role-du-martyr-une-strategie-gagnante-jusqu-ici?id=7921574

Catégories: Monde européen