Photo credit: Joao Ferrao dos Santos / Foter / CC BY-NC

Photo credit: Joao Ferrao dos Santos / Foter / CC BY-NC

Voici le premier article d’une série portant sur l’évolution des populations. Celui-ci concerne le Japon, d’autres suivront avec les exemples de la Chine, de la Palestine et des Philippines. Des pays très différents, qui ont chacun des spécificités intéressantes à analyser.

Une démographie en « net déclin »

Démographiquement, le cas nippon est emblématique des pays que je qualifierais de « en net déclin », au même titre que l’Italie ou l’Allemagne. Avec une population de 126,45 millions d’habitants, le Japon est actuellement la dixième puissance démographique au monde. Ce qui n’est pas rien pour cet archipel représentant la 62ème superficie mondiale. Le Japon est donc très densément peuplé mais, comme je l’ai mentionné ci-dessus, sa population est en baisse. Si le vieillissement de la population japonaise n’est pas un fait nouveau, l’année 2012 a marqué un basculement important pour le pays car, pour la première fois de son histoire contemporaine, sa population a reculé deux années de suite[1].

Graphique retraçant l'évolution de la population japonaise entre 1960 et 2013

  La population japonaise a atteint son apogée entre 2005 et 2010 avec 127,8 millions d’individus, avant de légèrement diminuer ces dernières années. Trois éléments de réponse expliquent cette réduction. D’abord, le faible taux de fécondité depuis plusieurs années (1,39 enfants/femme), puis l’âge médian[2] élevé de la population (45,8 ans) et enfin le faible taux d’immigration (0,2 migrants pour 1000 habitants en 2009)[3].

Un faible taux de fécondité

Analysons ce phénomène grâce à une carte représentant le taux de fécondité par pays en Asie de l’Est.

Taux de fécondité par pays en Asie de l'Est en 2013

  Rappelons d’abord, que le taux de fécondité est défini par l’INSEE comme « le rapport du nombre de naissances vivantes de l’année à l’ensemble de la population féminine en âge de procréer (nombre moyen des femmes de 15 à 50 ans sur l’année) », et que pour assurer le remplacement des générations, et donc avoir une population stable, il faut un taux de 2,1 enfants par femme[4].

D’autres pays asiatiques connaissent également de faibles taux de fécondité. Singapour (0,79), Taiwan (1,11) et la Corée du Sud (1,24), ont même des taux inférieurs à celui du Japon (1,39), pourtant leur population continue de s’accroître avec des taux de croissance démographique respectifs de 1,99%, 0,29% et 0,2%. Paradoxalement, c’est Singapour, le pays avec le plus faible taux de fécondité, qui connaît la plus forte croissance démographique. Ce phénomène s’explique principalement par l’attrait économique de la Cité-Etat qui génère d’importants flux d’immigration.

La croissance démographique de la Corée du Sud et de Taïwan ne peut s’expliquer par l’immigration puisque leur solde migratoire est proche de zéro. Dans ces deux cas, ce n’est donc pas l’immigration mais l’âge médian relativement bas de la population qui est la raison de leur croissance démographique. Voyons cela avec une seconde carte de la même région.

Un âge médian très élevé

L'âge médian par pays en Asie de l'Est

L’âge médian par pays en Asie de l’Est

Le Japon fait clairement figure d’exception en Asie de l’Est puisque c’est, actuellement, le seul pays à avoir un âge médian supérieur à 40 ans. 50% de la population japonaise est donc âgée de plus de 45,8 ans. La raison principale de la diminution de la population japonaise depuis 2011 est le fait que le solde naturel[5] du pays est négatif. En 2012 le pays comptait 1,047 millions de naissances pour 1,251 million de décès, soit une perte de 204 000 habitants[6]. Ce nombre élevé de décès est du à la part importante de personnes âgées que compte le pays. En effet, plus une population est âgée,  plus le nombre de décès au sein de cette population sera important. Le déséquilibre entre les plus jeunes et les plus vieux est tel au Japon qu’en 2012, le fabricant japonais de couches Unicharm a annoncé qu’il vendait désormais plus de produits pour les personnes âgées que pour les bébés ! La Corée du Sud et Taiwan ont, quant à eux, une population plus jeune et même s’ils n’ont que peu de naissances, ils ont aussi peu de décès car leurs habitants sont seulement entrain de vieillir.

Quelles solutions pour le Japon ?

La comparaison de ces deux cartes permet de dégager des tendances pour l’avenir. Un pays qui a à la fois un faible taux de fécondité et une population âgée est en décroissance démographique (Japon), sauf si des politiques d’immigration permettent de contrebalancer la perte de population (Singapour). A l’inverse, un pays qui possède un taux de fécondité important et une population jeune (les Philippines ou le Timor) va voir sa population exploser dans les années à venir. L’INSEE prévoit d’ailleurs que la population du Japon passera de 126,45 millions actuellement à 108 millions d’habitants d’ici à 2050[7] (diminution de 15%). Dans le même laps de temps, la population des Philippines passerait de 98 à 157 millions d’habitants et celle du Timor de 1,256 million à 3 millions d’habitants, selon les estimations moyennes du centre national de statistique du pays[8], soit une augmentation respective de 60% et 139% de leur population.

La diminution de 15% de la population japonaise prévue pour les années à venir pose de sérieuses questions. Comment le pays va remplacer sa main d’œuvre ? Qui va payer les frais de santé et les pensions des personnes âgées (le Japon étant l’un des pays les plus endetté au monde aujourd’hui) ? Comment relancer la natalité dans le pays ? Aura-t-il recourt à une immigration massive ?

Il existe bien entendu des politiques natalistes (allocations familiales, construction de crèches, congés parentaux, etc.) mais si le Japon veut remplacer sa force de travail en augmentant sa natalité, il ne pourra bénéficier des résultats que 20 ou 25 ans plus tard, quand les nouveau-nés auront grandi et seront aptes à travailler. Il est donc grand temps pour le gouvernement de Shinzo Abe de mettre en place des politiques natalistes et migratoires, sans quoi le Japon risque un effondrement économique dans les années à venir, faute de n’avoir plus de mains d’œuvre pour remplacer leurs retraités.


[1] http://www.geopopulation.com/20130701/demographie-japon-la-chute-de-la-population-saccelere-en-2012/
[2] Rappelons que l’âge médian est différent de l’âge moyen et qu’il correspond à l’âge qui divise une population en deux parties égales
[3] http://www.oecd.org/fr/migrations/48376876.pdf
[4] Ce chiffre s’explique par le fait qu’il naisse 105 garçons pour 100 filles, statistiquement il faut donc faire 2,05 enfants pour avoir une fille. A ce chiffre, il faut ajouter la mortalité infantile, variable qui varie d’un pays à l’autre.
[5] Le solde naturel correspond à la différence entre le nombre de naissances et le nombre de décès.
[6]http://www.geopopulation.com/20130701/demographie-japon-la-chute-de-la-population-saccelere-en-2012/
[7] http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=98&ref_id=CMPTEF01116
[8]http://dne.mof.gov.tl/published/National%20Population%20Projection/National%20Population%20Projection%20Eng%20for%20CD.pdf