MalvinasGisements d’hydrocarbures, nouveau catalyseur d’une ancienne polémique territoriale. 

Cartographié à partir de 1520 suite aux expéditions de Fernando de Magallanes, cet archipel n’est pas demeuré hors des difficultés propres aux délimitations territoriales d’une Espagne peu rigoureuse circonscrivant géographiquement ses vice-royautés dans le Nouveau Monde. Dès la naissance de l’Argentine indépendante de l’égide de  La Junta de Sevilla1, la souveraineté des îles Malouines a été au cœur de controverses entre britanniques et argentins.
Consciente de l’importance stratégique que confère le contrôle de l’Atlantique Sud, la puissance navale européenne reste ferme au sujet de sa souveraineté sur les îles Malouines ; mais aussi des territoires insulaires de Géorgie du sud et des îles Sandwich du sud (ensemble qui représente d’ailleurs une zone de contrôle d’exception pour l’OTAN). C’est pourquoi, entre autres, lors du conflit armé en 1982 les États-Unis ont préféré honorer leur alliance avec le Royaume-Uni au détriment du Traité Interaméricain d’Assistance Réciproque (TIAR).

Nouvelle escalade :

En 2010, la Grande-Bretagne a octroyĂ© des licences d’exploration en vue d’une Ă©ventuelle exploitation d’hydrocarbures dans les fonds marins de la zone Ă©conomique exclusive de l’archipel ; les tensions se sont donc Ă  nouveau accrues. D’autant plus en 2012, lorsque le gouvernement de Buenos Aires a dĂ©clarĂ© que l’entreprise publique ENARSA allait, elle aussi, commencer un processus d’appel d’offre pour l’exploration de la plateforme continentale sous souverainetĂ© Argentine, en quĂŞte d’hydrocarbures. Cet Ă©vident geste de rĂ©torsion a probablement le but d’exercer une pression et se procurer Ă©ventuellement des Ă©lĂ©ments de nĂ©gociation face Ă  un Royaume-Uni envisageant dĂ©jĂ  un scĂ©nario de sĂ©vère Ă©puisement de ses gisements en Mer du Nord, et qui cherche Ă  examiner d’autres options pour Ă©viter un dĂ©clin trop abrupt de sa production. Jusqu’à aujourd’hui les projets mis en place dans l’Atlantique Sud n’ont pas donnĂ© de rĂ©sultats significatifs, mais les investissements continuent et les entreprises n’ont pas arrĂŞtĂ© de coter des titres en Bourse Ă  New York et Ă  Londres malgrĂ© les fortes protestations de la chancellerie de Buenos Aires, les qualifiant Ă  juste titre d’opĂ©rations illĂ©gales.

Où on en est à l’heure actuelle ?

Le 14 Juin 2012, le Comité de décolonisation des Nations Unies a approuvé une résolution demandant aux gouvernements argentin et britannique de reprendre les négociations pour trouver une solution pacifique à ce conflit de souveraineté sur les îles Malouines[1].
En mars 2013, pour contourner Ă  nouveau le cadre juridique international, un rĂ©fĂ©rendum sur le statut politique de l’archipel a Ă©tĂ© organisĂ©, promu par le conseil consultatif de Port Stanley (Puerto Argentino pour l’Argentine), au cours duquel les habitants ont revendiquĂ© comme il Ă©tait prĂ©vu, leur volontĂ© d’être ressortissants britanniques. Le chef de l’exĂ©cutif Keith Padgett prĂ´ne l’avant-garde des vĹ“ux du Royaume Uni par la dĂ©fense du « droit Ă  l’autodĂ©termination », ce qui pose sur la table une question substantielle dans l’analyse de la situation Malouine. Quand le  3 janvier 1833, profitant ainsi d’une conjoncture d’instabilitĂ© sur l’île, l’armĂ©e anglaise dĂ©barque sur l’archipel avec l’ordre royal d’en prendre le contrĂ´le, elle invite JosĂ© MarĂ­a Pinedo et les habitants argentins Ă  abandonner immĂ©diatement la grande Malouine.

Malvinas ou Falkland ?

Le Foreign Office est conscient que toute la lĂ©gislation internationale joue contre lui. L’appropriation par la force des Ă®les qui n’Ă©taient pas les leurs, est un acte indĂ©niablement illĂ©gal et illĂ©gitime.
De cette luciditĂ© dĂ©coule Ă©videment leur volontĂ© de rĂ©soudre la controverse autrement. Le gouvernement argentin a fait preuve d’une prudence exemplaire quand il Ă©vita de rĂ©pondre autrement que par la protestation diplomatique Ă  la grossière provocation qu’a Ă©tĂ© le renforcement de la prĂ©sence militaire du Royaume-Uni dans l’Atlantique Sud, une bravade de Cameron.
Prenons le noyau de l’actuelle argumentation pro britannique, l’ »autodĂ©termination » des insulaires, c’est une posture qui ne tient pas suite au moindre exercice de rĂ©flexion, car elle s’effondre sous le poids d’un composant central de la mĂŞme Common law, tenue en si haute estime parmi critiques et intellectuels, « might does not make right »Â : la force ne crĂ©e pas de droits.
Par consĂ©quent si l’on regarde bien la question Malouine, parce qu’un Etat a saisi le territoire d’un autre par la voie de la conquĂŞte, on ne peut pas appliquer la doctrine de l’ »autodĂ©termination nationale » pour rĂ©soudre cette controverse de souverainetĂ©, elle est viciĂ©e de nullitĂ© Ă  l’origine. La doctrine qui prĂ©vaut dans ce cas prĂ©cis est celle de « l’intĂ©gritĂ© territoriale », qui prĂ©voit qu’aucun Etat n’a le droit de prendre un territoire qui appartient ou est sous la juridiction d’un autre.

Alors si bien cette doctrine de l’autodĂ©termination n’est pas pertinente pour rĂ©soudre la question de la souverainetĂ©,  il est important de souligner que si les Malouines retournent un jour Ă  l’Argentine, il faudra que la culture, la langue et les traditions de la population de l’archipel soient complètement respectĂ©es.

Carte Malouines


[1] Comité spécial chargé d’étudier la situation en ce qui concerne l’application de la déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux. Le comité spécial de la décolonisation exhorte l’argentine et le Royaume-Uni à reprendre des négociations sur la question des îles Falkland (Malvinas). [En ligne]. Disponible sur : http://www.un.org/News/fr-press/docs/2012/AGCOL3238.doc.htm  Consulté le 04 décembre 2012.