Le 11 Janvier 2013 la France lance «l’opĂ©ration Serval » rĂ©pondant ainsi Ă  l’appel du prĂ©sident intĂ©rimaire malien Dioncounda TraorĂ© face Ă  l’offensive Ă©clair des combattants islamistes sur la ville de Konna dans le sud du pays. Cette requĂŞte ainsi qu’un mandat de l’ONU fournissent Ă  Paris une lĂ©gitimitĂ©, au regard du droit international, pour intervenir au Mali. Les armĂ©es françaises et maliennes collaborent afin de reprendre le contrĂ´le du pays tout en tentant de mettre en dĂ©route les groupes terroristes islamistes du nord (MUJAO[1], Ansar Dine). Les forces coalisĂ©es des pays de la CEDEAO[2], rĂ©unies au sein de la MISMA[3], vont elles aussi porter assistance Ă  l’armĂ©e malienne. Cependant il semblerait qu’elles ne prennent pas part Ă  l’intervention avant la mi-fĂ©vrier. A cette mission de l’ONU s’ajoute des initiatives isolĂ©es d’Etats africains agissant hors du cadre de la CEDEAO. Dans un premier temps­, le Tchad s’est engagĂ© Ă  fournir entre 500 et 2000 hommes, puis plus rĂ©cemment le Burundi et le Kenya ont annoncĂ© le dĂ©ploiement de troupes sur le théâtre d’opĂ©rations. Il est donc difficile de qualifier l’intervention française de « nĂ©ocoloniale ». Certes les dĂ©tracteurs considèrent que ce sont lĂ  les rĂ©miniscences d’une Françafrique qui perdurent, pourtant toutes les forces engagĂ©es sur le terrain travaillent avec l’armĂ©e malienne avec pour objectif que Bamako rĂ©tablisse son autoritĂ© sur l’ensemble du territoire.

Il convient dorĂ©navant de se pencher sur des intĂ©rĂŞts qui ont poussĂ© la France dans ce pays d’Afrique de l’Ouest. Depuis des mois, François Hollande menait un combat pour que la communautĂ© internationale prenne compte des risques et des consĂ©quences dues Ă  la situation au Mali et qu’elle rĂ©agisse. Paris s’est appliquĂ©e tant bien que mal Ă  sensibiliser ses partenaires aux risques sous-jacents Ă  l’établissement d’un sanctuaire estampillĂ© Al QaĂŻda Ă  2000 kilomètres des cĂ´tes de l’Union EuropĂ©enne. L’arrivĂ©e de l’islamisme radical Ă  partir des annĂ©es 2000, la multiplication des prises d’otages et des enlèvements, le dĂ©veloppement des trafics … VoilĂ  des facteurs expliquant l’instabilitĂ© de cette rĂ©gion aujourd’hui dangereuse pour nos ressortissants. La chute du rĂ©gime libyen, puis la diffusion des stocks d’armes de Khadafi au sud ont fini par faire le reste.

Mais au delĂ  de la sĂ©curitĂ© des français, la stabilitĂ© est nĂ©cessaire au bon dĂ©roulement de l’activitĂ© Ă©conomique comme l’exploitation de ressources concĂ©dĂ©es Ă  des entreprises nationales dans la rĂ©gion (ex:Areva au Niger).  Il faut garder Ă  l’esprit que l’on a affaire Ă  des groupes transnationaux mobiles dont les exactions ne sont pas circonscrites Ă  des limites territoriales tracĂ©es par des cartographes. Si l’on prend Ă©galement en compte la porositĂ© des frontières le risque de contagion est d’autant plus grand. L’exemple de la rĂ©cente prise d’otage en AlgĂ©rie illustre particulièrement ce propos. Ainsi que ce soit pour l’uranium du Niger, ou le gaz algĂ©rien, il paraĂ®t Ă©vident que Paris, et les pouvoirs locaux, ne dĂ©sirent pas laisser impunĂ©ment ces groupes perturber durablement et en profondeur les affaires. 

Enfin le Mali est certes une de nos anciennes colonies mais c’est Ă©galement un nouveau partenaire avec qui nous avons des engagements, des accords et avec qui nous partageons des intĂ©rĂŞts. Les anciennes mĂ©tropoles europĂ©ennes gardent bien souvent un lien privilĂ©giĂ© avec leurs anciennes colonies. Paris aide avec d’autres nations africaines Bamako Ă  rĂ©tablir sa souverainetĂ© sur l’ensemble de son territoire. Peut ĂŞtre parle-t-on de Françafrique car aucun de nos alliĂ©s occidentaux n’a prĂ©vu de participer sur le terrain, comme si cela Ă©tait un dĂ©saveu. Ils apportent pourtant une contribution matĂ©rielle et logistique. 

D’un point de vue militaire, la victoire des alliĂ©s de Bamako paraĂ®t dorĂ©navant indĂ©niable et incontestable. Les prises de Tombouctou et Gao, et l’abandon non confirmĂ© de Kidal par le MUJAO semblent signifier la fin d’une première Ă©tape. Kidal serait dorĂ©navant aux mains du MNLA[4], et une partie des forces franco-maliennes s’est dĂ©ployĂ©e depuis l’aĂ©roport dans la ville. Ces dernières contrĂ´lent les routes principales et secondaires du pays, ainsi que la plupart des aĂ©roports. Certaines villes ont Ă©tĂ© dĂ©sertĂ©es par les islamistes qui filaient vers le Nord. Les forces franco-maliennes remontant du sud, et la MISMA se postant Ă  l’est, il n’y avait pas beaucoup d’autres possibilitĂ©s. La probabilitĂ© d’une mutation du conflit en guĂ©rilla est forte et c’est pourquoi les populations locales libĂ©rĂ©es Ă©prouvent des craintes face Ă  de potentielles reprĂ©sailles. Avec l’Ă©viction des groupes de combattants dans les trois villes du Nord et la prise de contrĂ´le des nĹ“uds de communication, Paris considère sa mission première achevĂ©e. Le reste de la reconquĂŞte territoriale ainsi que la traque des ennemis incombera de fait aux autoritĂ©s maliennes et peut-ĂŞtre de la MISMA. La coopĂ©ration de l’AlgĂ©rie et de la Mauritanie Ă  travers la surveillance des frontières, ne devrait ĂŞtre que partiellement efficace, « la faute Ă  » l’absence de moyens suffisants face Ă  l’immensitĂ© des frontières Ă  surveiller.

C’est là que le MNLA peut tirer son épingle du jeu. Les forces touaregs peuvent les poursuivre dans le désert grâce à leur connaissance du terrain et des pistes caravanières. Bien évidemment il y a des réserves concernant les moyens dont elles disposent pour mener à bien cette entreprise, ou encore sur son rôle dans la reconstruction future du Mali. Il est dorénavant peu probable que ses représentants ne soient pas conviés autour de la table des négociations. Pour la France, la distinction est faite entre le MNLA et les groupes de combattants islamiques, alors elle se doit aussi de faire comprendre cela à ses partenaires .

 


[1] Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest. Fondé en 2011, ce groupe d’obédience terroriste est issu d’une scission avec Al Qaeda au Maghreb islamique (AQMI) dans le but d’élargir le jihad à l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest. Après l’insurrection du Nord Mali, le MUJAO contrôle la ville de Gao et y fait appliquer la charia.
[2] Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest.
[3] Mission internationale de soutien au Mali sous conduite africaine qui comprend des troupes fournies par le Nigeria, le Sénégal, le Niger, le Togo, le Burkina Faso, le Bénin, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Ghana, le Liberia et la Sierra Leone. La Côte d’Ivoire est bien membre de la CEDEAO, mais ne participe pas à la MISMA. Cette mission est mandatée par l’Organisation des Nations Unies.
[4] Mouvement national de libération de l’Azawad. Fondé en Octobre 2011, ce mouvement est passé à l’offensive dans la première partie de l’année 2012 et a pris le contrôle de la partie nord du Mali. L’indépendance de l’Azawad est proclamée le 6 Avril 2012