L’analyse géopolitique de la terre impose de prendre en considération un certain nombre d’éléments. Des éléments dont la signification se renforce dans la région des Grands Lacs.
Ainsi, force est de constater le besoin dans la zone, pour toute nation de maintenir, de gagner, de regagner ou d’étendre ses droits sur le territoire. Ceci s’explique par le fait que la possession et le contrôle de la terre en abondance est synonyme sinon de pouvoir, du moins de prospérité.

Le Nord-Kivu est une province de la République Démocratique du Congo. Sa capitale est Goma. Cette province jouxte la province orientale au Nord-Ouest, le Mariema à l’Ouest et le Sud-Kivu au Sud. A l’Est elle est limitée par le Rwanda et l’Ouganda. Cette province instable particulièrement depuis prêt de 20 ans, fait l’objet d’affrontements récurrents, pour le contrôle des terres, des richesses minières, et du pouvoir. En effet, l’économie minière est très réactive au marché mondial. Au surplus, elle s’articule malheureusement de manière étroite avec la guerre et l’insécurité. La prospérité revient dans cette zone au contrôle des ressources en vue de financer l’achat de matériel militaire et pour l’enrichissement personnel. Le Rwanda est un acteur essentiel de la guerre du Kivu. Son positionnement soulève inévitablement la problématique du périmètre de l’Etat. Mais en s’appuyant sur des réseaux transfrontaliers, familiaux, d’affaires ou culturels, le Rwanda reste un acteur omniprésent sur la scène politique, militaire, économique, du Kivu. Il serait donc quelque peu délicat d’écarter le besoin pour les Etats de la région de contrôler les stratégies de leurs voisins.
Dans nos sociétés contemporaines, les menaces sont majoritairement traitées tels que des faits objectifs : l’évaluation des capacités militaires et économiques ou la situation géostratégique d’un Etat sert de base principale pour définir sa puissance et par conséquent sa vulnérabilité. Ainsi, dans la région des Grands Lacs, la conception militaro-politique traditionnelle de la puissance est prédominante dans les rapports inter-étatiques.

La menace dans la zone n’était plus exclusivement de nature militaire jusqu’aux années 2000, car rentraient majoritairement en jeu les problématiques « des peuples ». Ce, du fait des appartenances ethniques comme on le prétendait au Rwanda et au Zaïre. Mais l’évolution du conflit dans la région a provoqué un dépassement du dilemme sociétal pour de manière sous-jacente laisser place au développement d’identités et d’intérêts communs, garants des diverses offensives régionales, désormais concentrées sur la conquête du territoire par des moyens militaires. En effet, la démarche du Rwanda quant au Kivu, s’explique par le fait que l’Est de la République Démocratique du Congo est toujours resté plus attaché à ses pays voisins qu’au reste du pays pour beaucoup de raisons au-delà même des facteurs interculturels avec certaines populations transfrontalières. L’objectif rwandais dans la zone est sans nul doute l’occupation et la balkanisation du Kivu. Cette prétention condamnable à première vue s’inscrit toutefois dans un courant contestataire du partage de l’Afrique désignée par un processus de compétition territoriale entre puissances étrangères. La démarche contemporaine du Rwanda, affronte le changement de signification des tracés antérieurs. La problématique pour cet Etat réside dans son rayonnement historique antérieur qui prévalait dans la région ; sans omettre toutefois le besoin de surface devant satisfaire une densité démographique importante dont il fait l’objet. Il se révèle désormais comme l’éventuel acteur majeur de la résolution du conflit. La tragédie du Kivu n’est donc pas une guerre ethnique : pourtant il demeure une grave instrumentalisation de l’ethnisme par les belligérants.

Il convient de souligner enfin, que dans la région, le manque de neutralité de certaines puissances non-africaines est flagrant et inévitable au vu des enjeux. Il serait en effet fort illusoire de penser que ce conflit ait pris cette ampleur sans prise de position même implicite au préalable. Les bénéfices sont actuellement non comparables pour les Etats africains partis au conflit, mais ils demeurent mutuels pour les puissances extérieures impliquées.

Catégories: Monde noir-africain