Reposant principalement sur l’extraction des ressources naturelles de son sol, en particulier de l’alumine, du minerai de fer, du nickel et de l’or, l’État d’Australie-Occidentale se tourne aujourd’hui vers l’exploitation d’une forme de gaz qui tend a prendre un poids de plus en plus important dans l’industrie mondiale de l’énergie : le gaz naturel liquéfié.

Qualifié de moins polluant que le charbon, facilement transportable sur de longues distances par voies maritimes du fait de son état condensé, il offre plusieurs atouts, surtout dans un contexte d’augmentation générale de la consommation d’énergie. La hausse globale du cours du pétrole a également tendance  à rendre plus intéressant cette exploitation. Avec un taux de croissance d’environ 7 % par an, sa contribution dans la consommation mondiale de gaz devrait atteindre 15 % à l’horizon 2015. L’Australie, actuel cinquième producteur de la planète, s’est lancé dans un vaste programme d’expansion de ses infrastructures avec la mise en place de plusieurs projets gaziers, sept des dix plus gros projets mondiaux de GNL actuellement en construction se trouvant sur son territoire. Cela représente un investissement de plus de 150 milliards d’euros.

Face à l’intérêt grandissant pour cette ressource, convoitée par de nombreuses firmes comme Total qui a pris part à 24 % dans  le projet Ichthys dans le Nord australien, des résistances s’organisent. C’est notamment le cas dans la région de Kimberley dans le Nord-Ouest australien où la communauté aborigène des Goolarabooloo et les habitants de la ville de Broome s’opposent au projet de construction de la deuxième plus grande usine de liquéfaction de gaz au monde, programme qui mobiliserait 2500 hectares de terres et la construction d’un port en eau profonde s’étalant sur 1500 hectares marins.

Atteintes à l’environnement par les dangers à l’égard des écosystèmes terriens et marins, mettant notamment en péril les richesses archéologiques du sol, la reproduction des tortues et baleines à bosses, la spoliation des terres détenues par les populations locales : les opposants  aux projets développent de multiples arguments. L’appétit des grandes firmes d’exploitations rend cependant le combat difficile dans un contexte où les enjeux économiques font pression sur les autorités locales. En témoigne la mise au banc en juin dernier de 4 des 5 responsables de l’Autorité de protection de l’environnement de l’État d’Australie occidentale (EPA) conséquence de conflits d’intérêts dans la décision d’autoriser ou non le projet de hub gazier.[1]
Arbitrage qui sera donc finalement tranché par un seul homme, en faveur du développement du programme gazier.
Aujourd’hui arrêté en pleine saison des cyclones par précaution, le chantier ne reprendra pas, d’après la compagnie pétrolière, « avant 2013 »[2].

Le rapport de forces engagé entre les populations locales et agents économiques extérieurs est symptomatique de la conception différente que chacun des acteurs se fait de l’utilisation du territoire, et nous interroge sur la capacité de décision des populations sur des problématiques sur lesquelles elles n’ont que rarement leur mot à dire.

 


[1] Paige Taylor, EPA ticks Woodside’s James Price Point LNG hub, The Australian, 17 juin 2012.
[2] http://www.savethekimberley.com/2012/11/19/new-action-to-stop-35bn-gas-hub/
Catégories: Monde pacifique