Près de 60 ans environ après l’Ă©mergence des processus de revendications dĂ©mocratiques, et Ă  un moment oĂą dans de nombreux pays la crise Ă©conomique et financière semble marquer le pas, force est de constater que l’Afrique affronte encore des maux profonds qu’elle a bien du mal Ă  surmonter.

Ainsi, Frantz Fanon Ă©crivait dĂ©jĂ  en fĂ©vrier 1960 que « le grand succès des ennemis de l’Afrique, c’est d’avoir corrompu les Africains eux-mĂŞmes ».
La corruption est en effet, pour le continent, l’un des facteurs les plus alarmants expliquant son retard Ă©conomique. Et si le phĂ©nomène handicape les Etats, et leur coĂ»te significativement cher, il pĂ©nalise surtout les plus dĂ©munis.
Sur les vingt pays classĂ©s les plus corrompus au monde en 2011, huit sont africains. Plusieurs thĂ©ories explorent de tous bords le sujet depuis des dĂ©cennies. Mais il semblerait que l’explication objective du flĂ©au rĂ©side Ă  la fois dans la thĂ©orie de l’impĂ©rialisme structurel, mise au point par Johan Galtung et dans celle des systèmes de corruption mutualisĂ©es.

Ces mĂ©canismes très Ă©laborĂ©s virent le jour de manière flagrante aux dĂ©buts mĂŞme des indĂ©pendances. En effet, Ă  cette pĂ©riode de l’histoire africaine, l’on observait dĂ©jĂ  des faits portant sur l’accord de faveurs Ă  des cadres en vue de les formater pour mieux servir les intĂ©rĂŞts Ă  la fois politiques et Ă©conomiques des puissances coloniales. Le mouvement avait pour point de dĂ©part un centre majeur formĂ©, disons, par ces « ennemis de l’Afrique« qui s’appuyait sur le noyau politique des Etats visĂ©s. Ce noyau Ă©tranger n’Ă©tait alors formĂ© par nul autre que les dirigeants politiques et cadres africains. S’appuyer sur ces derniers consistait Ă  s’assurer un support solide afin d’exploiter la pĂ©riphĂ©rie du noyau politique: les Africains lambdas. Cette utilisation du noyau Ă©tranger, passait par la corruption, qui Ă  son tour Ă©tait employĂ©e par ce dernier pour dĂ©truire l’ordre social ambiant dans les sociĂ©tĂ©s des Etats en cause.

Cet assassinat Ă©conomique de l’Afrique, partait d’un stratège basĂ© sur trois Ă©tapes bien dĂ©finies: l’identification d’un pays riche en ressources naturelles, l’entrĂ©e en action du Fond MonĂ©taire International qui lui accorde une dette n’ayant que pour finalitĂ© d’Ă©touffer les finances du pays, l’arrivĂ©e d’un pays se prĂ©sentant comme un sauveteur, pourtant intĂ©ressĂ© par les ressources du pays endettĂ©.
De lĂ  surgissent des relations visuellement basĂ©es sur le dĂ©veloppement et l’aide, alors que dans le fond, se mettent en place des Ă©changes dĂ©sĂ©quilibrĂ©s basĂ©s sur la corruption des dirigeants locaux, qui Ă  leur tour se chargeront d’introduire dans le système, leurs semblables. C’est Ă  ce moment qu’intervient la seconde thĂ©orie, celle de la corruption mutualisĂ©e. En effet, Ă  ce niveau, le système interne est entièrement dĂ©pendant des fraudes et des trafics d’influence, pratiques alors intĂ©grĂ©es dans tous les corps de la sociĂ©tĂ©. MalgrĂ© le fait que cela soit aussi flagrant, il s’agit pourtant d’une stratĂ©gie très subtile: lorsque la corruption individuelle expose le coupable Ă  la dĂ©nonciation de ses collègues ou semblables, de vĂ©ritables rĂ©seaux se forment, facilitant ainsi la redistribution des bĂ©nĂ©fices de haut en bas de la chaĂ®ne hiĂ©rarchique, mais aussi et surtout, sociale.Les effets de cette gangrène se font violemment sentir sur le bien ĂŞtre des populations, et malgrĂ© une mobilisation de plus en plus forte Ă  la fois de certains pouvoirs publics et d’organisations internationales, la lutte est loin d’ĂŞtre gagnĂ©e.

Les prĂ©mices de ce combat datent des annĂ©es 1990 avec la crĂ©ation de Transparency International par l’Allemand Peter Eigen, ancien directeur de la Banque Mondiale. Depuis, ont Ă©mergĂ©s en parallèle bon nombre d’organismes internationaux dans le but commun de combattre le manque de transparence qui règnent dans le domaine des transactions financières liĂ©es Ă  l’exploitation des ressources naturelles. Mais les solutions semblent se trouver en partie ailleurs. Ainsi l’économiste malien Karamoko KanĂ©, auteur d’une Ă©tude intitulĂ©e « La Corruption des fonctionnaires africains » (Ă©ditions ClĂ©, YaoundĂ©, 2009) souligne que « si l’on se base sur les enquĂŞtes de Transparency, il n’y a pas eu de progression spectaculaire en Afrique au cours des dix dernières annĂ©es. En revanche, les opinions publiques sont de plus en plus sensibilisĂ©es Ă  ce phĂ©nomène. Le premier instrument de lutte anticorruption, c’est la mobilisation gĂ©nĂ©rale de la sociĂ©tĂ©. A contrario, une sociĂ©tĂ© qui cĂ©lèbre les escrocs constituera toujours un terreau favorable ».

Il semblerait donc que la solution rĂ©siderait par exemple dans la promotion d’un retour Ă  des valeurs africaines excluant les pratiques de corruption au profit d’une certaine solidaritĂ©.