Le gouvernement cubain a libéralisé de nouveaux métiers aux citoyens cubains. Progressivement les cubains s’aventurent dans ce petit capitalisme naissant, ce qui modifie profondément leurs perspectives.

A la fin de l’année 2011, le gouvernement cubain annonça la « libéralisation » de 181 nouveaux métiers tels que serveur, remplisseur de briquets, barbiers ou encore gardien de parking. Ceci dans l’objectif de réduire d’environ un million, le nombre de fonctionnaires. Cette modification législative est un changement majeur, même s’il ne s’agit absolument pas d’une libéralisation à l’occidentale, mais bien d’un petit capitalisme extrêmement contrôlé. Ce changement modifie profondément la relation des cubains avec le travail et plus largement la société cubaine dans son ensemble.

Nous pouvons également y percevoir un changement politique entre Fidel Castro et son frère Rául actuellement au pouvoir. Il y a au sein du très opaque pouvoir cubain différents courants et ces décisions montrent que l’aile réformiste a pris le pas sur les conservateurs. Mais au-delà, de la politique politicienne cubaine cette rupture s’inscrit dans une dialectique entre les Etats-Unis et Cuba. En effet, au mois de janvier 2011 le président Obama a augmenté le plafond des « remesas »[1] à 500 dollars[2]. Cette décision, qui a précédé et peut-être favorisé la réforme cubaine, encourage et augmente le volume d’investissement  de la diaspora cubaine au sein de cette nouvelle économie capitaliste. Ceci tend logiquement à « aider », à développer cette économie naissante, mais également et plus largement à soutenir cette modification structurelle de l’économie cubaine.

Cette ouverture au capitalisme, même modeste, couplée à l’augmentation du flux financier en provenance principalement des Etats-Unis, a une influence positive sur les relations bilatérales. Car ce choix de favoriser le changement est très politique du fait que l’afflux de capitaux sur l’île est bénéfique, voire essentiel pour le régime cubain. Cela veut implicitement dire que les Etats-Unis abandonnent leur volonté de faire chuter le régime castriste. Nous touchons ici à la stratégie des Etats-Unis par rapport à Cuba, celle-ci se compose de deux grands courants. Le premier que nous pourrions appeler les anti-castristes « durs » qui veulent une chute complète du régime. C’est ce courant, proche du parti républicain, qui a dominé jusqu’ici l’opinion de la diaspora cubaine, particulièrement au sein de la génération arrivée avant la chute du mur de Berlin. Le second courant est favorable à une transition et non à une chute du régime cubain, plus proche du parti démocrate, composée au sein de la diaspora cubaine, de la nouvelle génération ainsi que des exilés plus récents. La communauté cubaine des Etats-Unis est la principale concernée, mais il ne faut pas négliger l’importance et le poids de l’opinion publique étasunienne dans la possible résolution de la situation.

Le courant souhaitant une normalisation des relations entre ces deux Etats est aujourd’hui celui qui domine à travers la politique de Barack Obama, mais l’élections présidentielle du 6 novembre aurait pu voir Mitt Romney prendre le pouvoir et revenir à la ligne « dur » ayant pour objectif la chute du régime. Une des raisons de la poursuite de ce conflit pendant tant d’années provient en partie de l’alternance politique au pays de l’Oncle Sam qui va de pair avec sa politique envers Cuba. Ce changement de la politique économique cubaine, couplée à la réélection du président Obama va, de mon point de vue, favoriser une résolution de ce conflit vieux de maintenant 50 ans. Ces différentes décisions donnent un espoir quant à une normalisation des relations entre ces deux Etats, mais également la réunion d’un peuple séparé tant géographiquement que politiquement.

Cette décision économique offre aux cubains de nouvelles perspectives de vie. On leur permet d’améliorer leurs conditions de vie, grâce à cette possibilité de travailler qui remplace les systèmes « inventar » et « resolver »[3]. Cela crée un changement extrêmement sain où les cubains peuvent se développer sans la peur d’être sanctionnés pour leurs « magouilles ». De plus, les relations entre la diaspora et les habitants de l’île passent du statut d’« aidant » à « aidé », à celui d’« investisseur » à « entrepreneur », ce qui naturellement modifie complètement les relations entre la diaspora et les cubains restés sur l’île.

 


[1] Envoi d’argent de la diaspora cubaine à ses proches restés sur l’île
[2] http://www.guardian.co.uk/world/2011/jan/15/barack-obama-us-embargo-cuba, consulté le 26 octobre 2012
[3] Inventar veut dire inventer, resolver veut dire résoudre. Cette terminologie est utilisée pour qualifier les différentes « magouilles » faites au quotidien