Depuis le début de l’année, l’Etat albanais a mis en vente la compagnie publique AlbPetrol, entreprise pétrolière, responsable de l’extraction du précieux or noir dans le pays depuis 1992,  année qui coïncide avec la fin de l’ère Hoxha.

Cette décision fait suite aux déclarations du Premier ministre actuel Sali Berisha qui déclare vouloir « privatiser l’Albanie pour mieux la développer ». Reconnaissant que « l’Albanie a le secteur public le plus petit du monde », il souhaite réduire les pouvoirs de l’Etat au profit d’un libéralisme aigüe pour atteindre un objectif précis : « faire de l’Albanie un pays développé en 2017 [1]». Au total, c’est plus de 1280 structures qui sont concernées par ce processus de privatisation. Mais c’est sans doute avec la privatisation d’AlbPetrol que le gouvernement frappe un grand coup.
L’appel d’offres a été remporté par Vetro Silk Road Equity (VSRE), consortium singapourien basé aux États-Unis, pour un total de 850 millions d’euros, soit en tout et pour tout 10% du PIB albanais. Les actifs de l’entreprise sont évalués à 322 millions d’euros selon le ministère de l’Economie, avec 6 gisements de pétrole, 4 de gaz et 1 de sable bitumineux.
Cette vague de privatisation fait écho à la directive du FMI sur la réduction de la dette publique, qui s’élève à plus de 60% (la plus élevée des pays des Balkans), et qui enjoint le gouvernement à utiliser les revenus des privatisations.
Le consortium aura un droit d’exploration et d’exploitation du sous-sol albanais (pétrole et gaz) de plus de 25 ans.
Le gouvernement se félicite de cette privatisation décisive dans le processus entamé, et se garde le droit de construire une raffinerie avant la cession effective.

Un acte controversé ?
Entreprise nationale jusqu’Ă  peu donc, le consortium n’aurait pas pĂ» engager de sĂ©rieuses nĂ©gociations sans l’appui de Rezart Taçi. Richissime homme d’affaires albanais, il est Ă  la tĂŞte de sa propre compagnie pĂ©trolière Taçi Oil qui totalise tout de mĂŞme un chiffre d’affaires de plus de 81 millions d’euros[2].
A partir de 2008, il devient automatiquement l’actionnaire principale et PDG d’ARMO (Albanian Refining and Marketing of Oil), première entreprise de raffinage pétrolier du pays, du fait de la cession de 80% des parts à Anika Entreprise SA (basée en Suisse), dont Rezart Taçi est l’actionnaire principal.
Mais Mr.Taçi est également célebre pour faire parti du cercle privé du premier ministre Berisha : décomplexé de cette relation, il a d’ailleurs fait plusieurs apparutions publiques à ses côtés, comme lors de la soirée d’inauguration d’une chaîne de télévision privée albanaise diffusant sur tout le continent, Albania Screen[3]. De manière anecdotique, cette chaîne a été financée et lancée en 2011 par : Rezart Taçi.
Finalement, au vu du rapport d’indice de perception de la corruption, publié par Transparency International en 2011, ce cas de figure n’est finalement pas si étonnant dans les Balkans. L’Albanie est classé 94ème pays le plus corrompu au monde, ce qui la place en deuxième position à l’echelle européenne, juste derrière la Moldavie. La corruption a, somme toute, bien passé le cap de la reconversion vers une économie de marché.

Photo credit: Thomas Hawk / Foter / CC BY-NC